SEP et dépression : des liens étroits
La dépression touche entre 40 et 60 % des personnes atteintes de sclérose en plaques à un moment de leur vie. Si ses symptômes sont connus (troubles de l'humeur, désintérêt, idées noires...), ses causes demeurent plus controversées. dans tous les cas, elle nécessite une prise en charge, psychologique ou médicamenteuse, parfois les deux.
A 17 ans, j'étais déjà sous antidépresseurs. Mon état correspondait en fait déjà aux poussées de ma sclérose en plaques (Sep) mais elle n'avait pas encore été diagnostiquée.
Alors, les médecins parlaient de dépression chronique. Je ressentais une grande lassitude mentale et physique, avec le entiment que plus je faisais d'efforts pour m'en sortir, moins je réussissais. Je devais aussi subir les réflexions de mon entourage : “j'étais fainéante”, “je n'avais qu'à me bouger”, et c'était très dur à vivre. » Ce n'est qu'en 1992, u'Annie-Claude Poirat, 54 ans, a pu mettre un nom sur sa maladie. Et jusque-là, elle a connu des phases dépressives très
importantes sans savoir qu'elles pouvaient être liées à la Sep.
Pourtant, la dépression touche entre 40 et 60 % des personnes atteintes de Sep. « Pour celles dont la maladie a moins de deux ans, ce chiffre s'élève à 30 % », précise Hélène Pétropoulou, psychologue clinicienne. C'est dire combien Sep
et dépression peuvent être intimement liées.
Tristesse, perte de plaisir dans les activités quotidiennes, difficulté à exprimer ses émotions mais aussi irritabilité, colère, agitation : autant de symptômes révélateurs d'une dépression, avec, dans certains cas, sévères, une forte tendance
suicidaire. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 7,5 fois plus de suicides chez les personnes atteintes de Sep que dans la population générale.
cAUSES mUltiPlES
Des chercheurs se sont penchés sur les causes de cette dépression, sans toujours tomber d'accord. Certains l'attribuent à des
facteurs psychosociaux, liés à la difficulté de vivre avec une maladie imprévisible, qui ne se guérit pas, et entraîne souvent un état d'invalidité.
« À cela s'ajoute la détérioration cognitive, mal supportée par de nombreux malades », précise Hélène Pétropoulou. Mais encore faut-il que le diagnostic soit posé.
Pour d'autres, elle dépend de facteurs biologiques et notamment des lésions au niveau du cerveau.
Autre hypothèse : elle serait le résultat d'effets médicamenteux.
Des études montrent ainsi que l'Interféron peut être à l'origine d'une dépression quand d'autres recherches ne le confirment pas, voire démontrent le contraire. Il existe toutefois un consensus pour considérer que la dépression est un effet secondaire possible du traitement, ce qui fait recommander une surveillance particulière chez les patients présentant
des antécédents dépressifs lorsque ce médicament est envisagé.
La manière dont la personne va rester insérée dans son milieu ordinaire de vie ou la façon dont elle va se réinsérer en cas de perte d'emploi, rupture familiale etc..., est déterminante dans la survenue ou l'aggravation de ce symptôme, ainsi bien sûr que la façon dont réagit l'entourage à celui-ci.
PriSE EN chArgE NécESSAirE
« Souvent, c'est l'entourage qui donne l'alerte ou le médecin, explique Hélène Pétropoulou.
Certains patients se rendent compte aussi très vite de leur état dépressif et décident de se faire aider. » Dans tous les cas,il ne faut pas hésiter à en parler à son médecin traitant ou à son neurologue pour envisager avec lui la prise en charge adéquate.
Certains choisiront un soutien psychologique, d'autres un traitement par antidépresseurs, voire les deux. Annie-Claude Poirat a, elle, décidé très jeune d'entamer une psychothérapie avec un neuropsychiatre. « Je ne voulais pas de médicaments qui endorment. La psychothérapie m'a permis d'exprimer ce que je ressentais, c'était mon seul moment pour parler librement. J'ai pu, non pas accepter ma maladie, mais mieux vivre avec elle, apprendre à considérer les traitements comme un bien et non comme une contrainte.Cet accompagnement a été très important pour moi.» Celui-ci peut se faire en ville mais il n'est pas
toujours suffisamment remboursé.
Le neurologue peut aussi aider son patient à trouver un réseau de prise en charge psycholopsychologique à l'hôpital dans le cadre de consultations spécialisées pour les personnes atteintes de Sep.
Elles existent à Paris (Salpêtrière, Rothschild,..), en Île-de-France (Garches, Poissy...), et commencent également à se développer dans les autres départements.